Ces dernières années, j'ai accumulé pas mal d'expérience en trail. Ou en fastpacking. Ou en trek ultra-léger. Appelle ça comme tu veux, moi je décris ça comme partir en randonnée à un rythme plus soutenu que la normale. La preuve :
- En 2020, j'ai parcouru le GR20 en solo en 6 jours, Corse, France
- En 2021, j'ai bouclé l'Alta Via 2 en 6 jours, Dolomites, Italie
- En 2022, j'ai fait le tour du GR54 en solo en 5 jours, Massif des Écrins, France
Dans cet article, j'aimerais donc partager mon expérience dans ce domaine.

Fais ce qui te plaît
Il est important de garder en tête que le trail, ou n'importe quelle randonnée de plusieurs jours, est censé être un plaisir. Que tu sois un professionnel en activité ou un étudiant, ce genre de voyage est probablement un choix, un compromis face à d'autres types de vacances comme un séjour à la plage entre amis ou des visites de villes. Ce sont des vacances. Et si ce n'est pas le cas, c'est-à-dire si tu es un traileur professionnel, alors il est peu probable que j'aie quoi que ce soit à t'apprendre ! Garde donc à l'esprit que c'est ton voyage et que tu dois le vivre à ta façon.
Lors de ma première tentative de « trail » en 2018, j'avais prévu de faire le GR20 en sens inverse en sept jours. J'avais quelques semaines de libre début septembre avant de commencer mon nouveau job chez McKinsey & Company, et je voulais profiter au maximum de mon temps. J'ai décidé de passer deux semaines en Corse, à profiter des montagnes et à me détendre sur la plage avant de travailler dur dans le conseil haut de gamme.
J'avais remarqué que les étapes du GR20 étaient généralement prévues pour durer 3 à 6 heures, avec un total de 15 étapes et un rythme d'une étape par jour. Mais il y a 24 heures dans une journée, et il est sûrement possible de trouver assez de temps pour enchaîner deux étapes dans la journée... Non ? Malheureusement, je me suis blessé le troisième jour, et j'ai dû écourter mon périple et filer à la plage plus tôt que prévu - ahah.
Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise façon de randonner. Si tu préfères passer l'après-midi au refuge pour profiter de la vue et échanger avec d'autres randonneurs, alors fonce. Si tu veux boucler un trek le plus vite possible pour le défi, c'est très bien aussi. Tant que tu prends les précautions nécessaires et que tu évites les risques inconsidérés, fais-le à ta manière et profite de l'expérience.

Planifier à l'avance
Les premiers choix
Quand on planifie un trek, la première décision à prendre est de choisir lequel. Mon conseil : choisis un trek en fonction de ce qui t'attire, que ce soit une région que tu veux explorer ou un type de sentier particulier, comme un itinéraire côtier ou de haute montagne. Tu trouveras plein d'inspiration en ligne ou dans des livres dédiés.
Tout aussi important : décider comment tu comptes trekker. Il y a deux questions principales :
- Est-ce que tu portes une tente, ou est-ce que tu dors en refuge ?
- Est-ce que tu emportes ta propre nourriture et un réchaud, ou est-ce que tu manges en refuge et te ravitailles chaque jour ?
Ces décisions vont influencer la taille et le poids de ton sac à dos, ainsi que ton budget. Pour mes treks, j'ai surtout dormi et mangé en refuge, à l'exception d'une expérience de 3 jours en autonomie en Belgique.
Se renseigner
Une fois les premières décisions prises concernant ton itinéraire et ta manière de trekker, il est temps de plonger dans les données. C'est là que tu commences vraiment à te faire une idée de ce qui t'attend en chemin.
Ici, l'objectif est d'acquérir une connaissance exhaustive des étapes de la randonnée, notamment leur longueur et leur difficulté, les endroits où tu peux te reposer, dormir et te ravitailler. Ce genre d'informations se trouve généralement en ligne ou dans des livres dédiés comme les « topoguides ».
Quand j'ai planifié mon trek sur le GR54, j'ai pris soin de compiler des informations détaillées pour chaque segment :
- Estimation du temps
- Distance
- Dénivelé positif
- Dénivelé négatif
- Présence de commerces et de refuges
- À quelle étape officielle appartient le segment

Une ressource clé que je recommande vivement : trouver une trace GPS du sentier. Ça peut te sauver la mise une fois sur le terrain, en t'assurant de rester sur le bon chemin et de ne pas te perdre. Je cherche généralement des fichiers GPX, qui peuvent être chargés dans une application smartphone comme Gaia GPS pour une consultation facile.
C'est aussi le moment d'envisager des itinéraires alternatifs sur le trek. Il existe souvent des sentiers non officiels qui mènent à des panoramas à couper le souffle et moins fréquentés. Par exemple, passer par l'Incudine sur le GR20 ou par le lac de l'Eychauda sur le GR54 offre de superbes expériences.
Un autre aspect important à considérer est le matériel et les vêtements dont tu auras besoin, selon la région et la saison durant laquelle tu randonneras. Cela garantit que tu es bien préparé pour toutes les conditions météo que tu pourrais rencontrer.
Une fois toutes les informations nécessaires en main, tu es prêt à faire ton sac et à prendre le départ. Décider du degré de flexibilité que tu t'accordes pendant ton trek est aussi crucial. Tu peux suivre un programme fixe, décider quelle étape tu boucleras chaque jour, ou garder une certaine liberté. Si tu prévois d'être en autonomie, tu peux vivre au jour le jour, manger et dormir quand et où tu veux. En revanche, si tu comptes t'appuyer sur les refuges, il peut être judicieux de réserver à l'avance pour t'assurer une place.
Personnellement, j'aime la flexibilité d'un trek laissé au hasard. Je commence ma journée tôt et j'avance jusqu'à ce que j'aie envie de m'arrêter. Savoir combien de temps il faut pour atteindre le prochain arrêt possible grâce au plan des segments est super utile. Mais attention, certains refuges peuvent être complets, alors renseigne-toi sur la probabilité que ça arrive en consultant des retours en ligne ou en les appelant directement.
Avec toutes ces connaissances en poche, te voilà prêt pour l'aventure. Prépare-toi à accueillir l'imprévu, découvrir de nouveaux chemins et te créer des souvenirs inoubliables.
Mes conseils pour la randonnée elle-même
Mérinos à fond. Côté vêtements de randonnée, le tissu mérinos a changé la donne. Cette matière magique offre plusieurs avantages, le plus important pour moi étant qu'elle ne sent pas mauvais avec le temps : tu peux donc porter les mêmes vêtements plusieurs jours sans problème. J'utilise un seul T-shirt sur mes treks. Le mérinos est aussi un excellent régulateur thermique : il te garde au chaud quand il le faut et laisse ton corps respirer, ce qui évite de tremper tes vêtements. En mérinos, j'emporte généralement des chaussettes, un legging, un T-shirt à manches courtes, un T-shirt à manches longues, des manchettes et des boxers.
Le volume plutôt que la vitesse. Pour couvrir de plus longues distances, il est plus facile de marcher plus longtemps que plus vite. Je trekke généralement 10 à 13 heures par jour et j'évite de marcher dans le noir. Je commence ma journée juste avant le lever du soleil, en général vers 4-5 heures du matin, et je m'arrête quand j'en ai envie ou au coucher du soleil. Je cours rarement et je suis un randonneur relativement grand et lourd, donc lent en montée. En revanche, je cours généralement en descente. Cette façon de trekker me rend habituellement 2 à 3 fois plus rapide que la planification standard d'un trek.
Stocke l'eau à l'avant. Pour alléger mon sac à dos, j'utilise un sac-gilet d'hydratation. Ce type de sac possède des poches sur les bretelles pour ranger des flasques d'eau, ce qui répartit le poids et permet d'accéder facilement à l'eau. Jette un œil chez Ultimate Direction pour de très bonnes options.
Ce sont les gens qui comptent. Si les paysages sont incroyables et le sentiment d'accomplissement gratifiant, ce sont les personnes que tu rencontres sur le sentier qui rendent l'expérience vraiment inoubliable. Même si je randonne généralement seul, les rencontres que j'ai faites en montagne ont été uniques et marquantes. Que ce soit en discutant avec les gardiens de refuge ou avec d'autres randonneurs, les conversations sont toujours belles et bienveillantes. Je recommande de dormir près des refuges officiels et de partager ton dîner avec les autres. Si tu dors en dortoir de refuge, n'oublie pas d'emporter des bouchons d'oreilles !
Et voici quelques conseils plus pratiques :
- Range tes différents vêtements dans des sacs de compression pour organiser efficacement ton sac à dos
- Utilise des chaussettes à orteils pour éviter les frottements entre les orteils et les ampoules
- Installe des lacets élastiques pour enfiler et retirer tes chaussures sans effort. Ils offrent aussi un maintien solide mais souple
- Accroche quelques mousquetons à ton sac à dos, ils seront utiles de bien des façons, par exemple pour faire sécher tes vêtements en marchant
- Opte pour des bâtons de randonnée pliables, rapides et faciles à démonter
- Prends une ceinture de running pour ranger quelques affaires autour de la taille, avec des sangles à l'arrière pour tenir les bâtons
- Si tu aimes la musique, emporte des écouteurs filaires qui ne nécessitent pas de recharge, et utilise des clips guiche pour fixer le câble sur les bretelles de ton sac
- Emporte un mélange de fruits secs et de noix pour les encas. Prends un mix sucré-salé
- Le baume du tigre rouge aidera tes muscles à récupérer

Si tu t'intéresses aux marques et modèles précis, va voir ce qu'il y avait dans le sac à dos de mon dernier périple.
Es-tu suffisamment entraîné ?
Le moyen le plus sûr de le savoir, c'est d'essayer. Charge ton sac à dos, lace tes chaussures de randonnée, puis pars sur les sentiers près de chez toi. Commence par des randonnées plus courtes pour jauger ton endurance et déterminer si l'expérience te plaît. Si tu veux estimer la distance que tu peux couvrir chaque jour, essaie de mesurer combien de dénivelé tu peux encaisser en une heure. Si tu vis dans une région plate, va à la salle de sport et essaie le simulateur d'escaliers. Combine ensuite tes allures estimées en distance et en dénivelé pour déterminer à quelle vitesse tu peux boucler une étape.
La randonnée demande plus que de la simple endurance physique ; elle exige aussi un corps fonctionnel et de la résilience. Si tu n'as pas l'habitude de randonner régulièrement, tu risques de te blesser en y allant trop fort, par exemple avec une inflammation articulaire. Cela dit, un certain inconfort est acceptable : une ampoule, par exemple, n'est pas de nature à stopper un trek, si tu ne t'en soucies pas trop. Il est donc important de faire la différence entre inconfort et douleur, pour t'assurer de ne pas aller trop loin et de ne pas te mettre en danger de blessure.
Pour référence, voici mon volume de marche et de course sur 6 mois glissants au fil des années.

J'ai commencé à courir plus ou moins régulièrement en 2013 et j'ai couru mon tout premier 10 km en 1 heure et 7 minutes à l'époque. Malheureusement, je n'ai pas retrouvé mes données de suivi pour cette période. Le graphique ci-dessus est basé sur les données Strava, que j'ai commencé à utiliser en 2019.
L'été 2018 fut ma première tentative sur le GR20. Lors de celle-ci, j'ai développé une tendinite et j'ai abandonné. Deux ans plus tard, pour ma deuxième tentative, réussie cette fois, j'avais atteint un volume de 450 km sur 6 mois. Garde à l'esprit que ces chiffres ne sont pas exhaustifs, mais ils devraient te donner une idée de mon niveau d'entraînement.
Souviens-toi, la randonnée peut être une expérience exigeante et gratifiante. Mais il est important de t'assurer que tu es physiquement et mentalement préparé aux rigueurs du sentier. Alors prends ton temps, commence petit et développe ton endurance progressivement.
On se voit en montagne

Merci d'avoir pris le temps de lire mes conseils ! Bien sûr, rappelle-toi que ce qui fonctionne pour moi ne fonctionne pas forcément pour tout le monde, et qu'il existe de nombreuses façons d'aborder un trek. Prends ce qui te semble utile et adapte-le à tes propres besoins et préférences. Si tu as d'autres questions, n'hésite pas à me contacter directement.